Médias

27
Mar

Fuir l’invisible

Ecrire ma peur pour la fuir, fuir l’invisible, cet ennemi torve, pervers.
Fuir cette attente d’une vague, que dis-je ? un tsunami tant annoncé
Fuir mes erreurs de pensée, ces pensées automatiques qui s’imposent où le scénario le plus catastrophique se fait dictateur et contrôle mes émotions.
Fuir justement ces émotions qui se font anxiété, stress, inquiétude, ou angoisse.
Fuir mes comportements, la colère, l’irritabilité, cette frustration d’être immobile, plus de mooving, ni de rencontres, plus d’aéroports, ni même de gares.

Ces contraintes me sont intolérables comme beaucoup de choses, le mot « corona », le mot « virus », « covid19 », « covid+ », les masques dans la rue, le gel hydro-alcoolique.

Mais comment fuir ?
Je me ressaisis, cherche en moi cette résilience qu’on nous a enseignée, qu’on n’a pas tous la même vulnérabilité biologique ou génétique face au stress.
Je constate qu’on n’est pas tous égaux face à cet ennemi.

Je puise en moi, dans mon histoire, dans mon vécu antérieur.
Ils sont là, ces souvenirs de guerre civile, d’abris. Je les pensais lointains, c’était hier.
J’entends alors les enseignements de mon père, je me relève, je ne fuis plus.

Ma mission de soignante est là, elle me redresse, elle est évidente. Tout est soudain clarté : aider mes patients, ces hommes et ces femmes victimes d’une double peine, marqués au fer rouge par le sceau de la maladie mentale. Vulnérables ils sont, alors je me réanime, m’active, me réorganise pour les protéger, je ferme les portes, moi qui ai tant milité pour leur ouverture.
Leur intérêt devient obsession, mais comment faire avec le manque de moyens, avec l’absence de protections, comment faire quand ils tomberont ?
L’heure est à la solidarité. Je regarde au loin, tout redevient lien.

Non, je ne veux plus fuir, mais reste enfoui en moi ce mot : « vecteur » … Injecter ce poison dans mon foyer …
Je retrouve alors, comme une incantation, les prières de ma mère …

Dr Nidal Nabhan Abou
Expert près la cour d’Appel de Rennes 
Centre hospitalier Guillaume Régnier 
Twitter @ NidalNabhan