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Avr

La pédo psy libère son énergie

C’est une douloureuse évidence, l’épidémie de Covid-19 n’est devenue une crise sanitaire qu’en raison de la faiblesse, des systèmes de santé, faiblesse dénoncée bien avant la crise actuelle. Sans marge de manœuvre, oserait-on dire de sécurité, le tissu de soin doit définir des priorités et réaliser les prouesses dont nous sommes, heureusement, capables. En psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent (PEA) la situation est, on le sait, catastrophique. S’il ne faillait qu’un exemple, citons les listes d’attente pouvant atteindre un an là où la réponse devrait se compter en jours. Dans ces conditions, les non priorités d’hier pourraient bien être les non priorités d’aujourd’hui. S’il n’est pas discutable que l’effort soit tourné majoritairement vers les services de médecine qui prennent en charge les cas graves de COVID-19, il cependant essentiel que l’ensemble du soin apporté dans notre pays habituellement puisse se poursuivre, surtout si cette situation sanitaire et amenée à durer. Cela nécessite des adaptations, des réorganisations et, surement aussi des choix.

Deux points, peut-être, sont singulièrement illustratifs :

  1. D’abord, la crise a instauré l’idée de « soins non urgent ». : En PEA, l’urgence, ce seraient les tentatives de suicides et les agitations sévères. D’un point de vue physique cela est pertinent mais qu’en est-il, alors, de la psychothérapie de l’adolescent déprimé ? des thérapies d’échange et de développement pour les personnes avec autisme ? ou encore des groupes Barkley pour parents d’enfants avec TDAH, qui pourrainet etre difficile à gérer en période de confinement ? Sans ces prises en charge ce sont des trajectoires de vie qui peuvent devenir définitivement abimées. Une dépression qui persiste a plus de risque d’être chronique, de récidiver et, bien sur de conduire à un geste suicidaire. Malheureusement en temps de crise – comme avant d’ailleurs – tout cela ne fait pas de bruit, ne fait pas le poids non plus… Et c’est bien là le problème : le temps long, que l’on appelle pourtant « prévention », n’a jamais le bon timing. Non rentable avant la crise, il devient non urgent pendant…
  2. Deuxième exemple, plus commun mais néanmoins si limitant : l’équipement informatique : Il va de soi que les équipes de toute la France, celles qui sortent de la vague comme celles qui y entrent, s’inquiètent des conséquences de l’arrêt prolongé des prises en charge, des effets du confinement sur les patients fragiles comme sur la population, voire de l’impact de la crise économique à venir qui touche, toujours, les familles les plus vulnérables. Comme un seul homme, notre discipline, initialement un peu réticente reconnaissons-le, s’est lancé dans la télémédecine. Las, comme nos collègues somaticiens sans masques, nous partons à la « guerre » avec des ordinateurs à tout petits écrans, à faibles processeurs et à très anciens logiciels. Nous ne disposons d’aucune plateforme de travail en ligne, qui équipe pourtant la moindre start-up, et, bien sûr, aucune compatibilité entres hôpitaux d’un même département ! Il y a pourtant urgence, et peut être même une vraie opportunité, à s’équiper et à créer, là, des dispositifs pouvant être pérennisés après la crise.

Pourtant, malgré – ou peut-être à cause – du confinement, on observe une intensification du désir d’échanger, et dans tout le pays on voit des initiatives, des projets innovants pour répondre à l’urgence et construire l’avenir. On voit le dynamisme de toute une profession qui innove et se réinvente. Capable créer des fiches pratiques pour gérer le confinement en famille et prévenir les conséquences psychologiques et psychiatriques, capable de mettre en place des unités où tout doit être repensé en tenant compte des mesures de distanciation sociale, capable d’imagination pour aider aux mieux nos collègues en les écoutant et leur donner accès aux techniques les plus récentes de gestion du stress voire du trauma, capable, enfin, d’anticiper, de prévoir l’avenir, l’après confinement et la reprise progressive d’une activité plus habituelle.

Une crainte cependant peut assombrir ce tableau : espérons que ces idées ne se fracasseront pas sur les « fiches projets » et autres documents de la novlangue de nos « décideurs » que la crise pourrait ne pas changer…. S’il faut libérer les énergies, c’est sûrement maintenant.

La population peut compter pleinement sur ses soignants, en psychiatrie de l’enfant de l’adolescent comme ailleurs.

Mars 2020

Olivier Bonnot
PUPH de pédopsychiatrie
CHU de Nantes