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27
Mar

Notre gratitude aux JPNN : Intégrer une perspective neuroscientifique dans la psychiatrie clinique, aujourd’hui !

La psychiatrie n’est plus déconnectée du reste de la médecine comme elle l’était au milieu du XXe siècle. La société s’intéresse sans doute davantage aux troubles et aux traitements psychiatriques aujourd’hui qu’hier, y compris les responsables gouvernementaux et les décideurs politiques. Dans l’épidémie actuelle les psychiatres sont déjà extrêmement actifs pour promouvoir de nombreux dispositifs de soutien aux soignants qui luttent au front contre C19, et à la population. Mais plus encore, la société aura un grand besoin des psychiatres pour le combat contre la vague silencieuse qui suivra où il s’agira d’amortir les conséquences dramatiques de l’épidémie et du confinement.

Les découvertes en génétique, en neurosciences et en psychologie se poursuivent à un rythme accéléré et l’on espère que ces découvertes conduiront à des avancées transformant les soins aux patients, comme ce fut le cas avec la psychopharmacologie et des psychothérapies fondées sur des preuves. Les nouveaux outils et les approches révolutionnaires dans le domaine des neurosciences ont permis des progrès sans précédent dans notre capacité à comprendre les fondements biologiques des maladies psychiatriques. Les neurosciences cognitives fournissent des modèles pour comprendre des concepts psychodynamiques tels que notre sens du Self et nos défenses, et l’épigénétique offre de nouvelles perspectives sur la manière dont le contexte social et les facteurs environnementaux se traduisent par des changements biologiques. De nouvelles formulations neuro-biopsychosociales appliquées aux affections psychiatriques sont de développements prometteurs.

Malheureusement, il n’y a que peu, voire pas du tout, de formation en neurologie ou en neurochirurgie (quel apport que la chirurgie éveillée et la stimulation profonde !) pour les internes en psychiatrie et vice versa. Alors que la plupart des responsables d’enseignement considèrent que les maladies que nous traitons sont des maladies du cerveau, la plupart des programmes n’enseignent pas les neurosciences de manière systématique et complète, et les perspectives neuroscientifiques sont souvent absentes des travaux cliniques.

L’heure du changement a sonné ! celui de la convergence de la neurologie et de la psychiatrie dans les neurosciences cliniques. Pour que notre domaine soit prêt à accueillir les nouvelles découvertes, nous devons entamer dès aujourd’hui le processus de changement culturel en renforçant la communication et la collaboration entre les chercheurs et les praticiens. Merci aux passeurs de changement d’organiser les JPNN !

La connaissance des neurosciences deviendra aussi cruciale pour une bonne pratique psychiatrique que l’est déjà l’empathie. Et parions que ces changements pourraient entraîner attirer à nous les étudiants en médecine…

Philippe Courtet